Pages de Bretagne – n°46 – décembre 2018 / juin 2019 : « La Part Commune, l’amour des belles lettres » (article et photo de Pierre-Henri Allain)

 

 

La Part Commune a 20 ans. Le bel âge diront certains. Un âge en tout cas éminemment respectable quand on est une modeste maison d’édition « installée en Bretagne et ouverte sur le monde » qui a su, loin de Paris, se faire une place reconnue au royaume des belles lettres.

« L’édition, c’est ma vie. Ce n’est pas un métier, c’est une passion. » Dans l’appartement rennais où vit et travaille Mireille Lacour, actuelle directrice de La Part Commune, l’aveu est immédiat. Et il ne se passe quasiment pas de jour où la jeune sexagénaire ne s’installe devant son écran pour mettre en pages et composer les livres qui viendront encore enrichir le catalogue de la maison d’édition fondée en 1998 par Yves Landrein. Avec, au menu des dernières nouveautés, excusez du peu, deux textes méconnus de Fédor Dostoïevski, des poèmes de Guillaume Apollinaire ou la correspondance inédite de Henry David Thoreau, une somme prévue pour sortir en trois tomes. C’est que, lorsqu’elle a repris le flambeau de La Part Commune en 2012, après la disparition de son fondateur, l’éditrice est restée fidèle à la feuille de route que s’était fixée Yves Landrein et que l’on pourrait résumer en une phrase : ne rien s’interdire pourvu que le texte soit bon. Auteurs anciens ou contemporains, connus ou inconnus, d’ici ou d’ailleurs, romans, correspondances ou poésie, l’éventail de choix de la maison d’édition, qui a publié 360 titres à ce jour, est ainsi aussi vaste que diversifié. Mais obéit à une règle intangible : la qualité de l’écriture. « Lorsque j’ai repris la maison d’édition, je l’ai fait d’abord parce qu’il y a eu beaucoup d’amis et d’auteurs prêts à me soutenir, raconte Mireille Lacour. À commencer par Thierry Gillyboeuf, qui était très proche d’Yves. Mais j’ai voulu aussi ne rien changer à ce qui était le fondement de La Part Commune, l’amour de la littérature, de l’écriture poétique. Nous avons ainsi mis en place un comité de lecture de cinq personnes, pour lequel cela reste le premier critère de choix. » Il est toutefois un second critère tout aussi indispensable pour être publié dans cette maison d’édition qui se veut « familiale » : la relation humaine. « On reçoit systématiquement les auteurs que nous envisageons de publier, poursuit Mireille Lacour. On discute beaucoup, on passe du temps ensemble et, si on ne se trouve pas en totale harmonie, ça ne pourra pas le faire. Mais une fois que l’on a publié un auteur, on se laisse la possibilité ou pas de le suivre dans ses projets de publications ultérieures. » Le poète Pierre Tanguy, Jean-Louis Coatrieux, Jeff Sourdin, Jean-Pierre Boulic sont ainsi devenus quelques-uns des piliers de La Part Commune. Des auteurs qui accompagnent aussi Mireille Lacour dans les salons, exercice incontournable qu’elle apprécie particulièrement. « Les salons donnent souvent lieu à des moments d’échanges très forts avec les lecteurs, relève-t-elle. Et nos auteurs sont “militants”, ils participent, s’impliquent beaucoup dans ce qu’ils font. » Si Mireille Lacour, ancienne employée à la Poste et infographiste, n’était pas spécialement destinée à devenir éditrice, sa rencontre avec Yves Landrein en 2003 aura été décisive. « On formait un duo de choc, se souvient-elle. Je m’occupais des couvertures, des images, du packaging et Yves du choix des textes, du contenu, c’était génial. » Yves Landrein, Quimpérois d’origine, après avoir créé une revue littéraire et une première maison d’édition, Ubacs, avant La Part Commune, a alors déjà une solide expérience d’éditeur. Ancien ami de Georges Perros, il a publié l’abondante correspondance de l’écrivain-poète de Douarnenez mais aussi les échanges épistolaires entre Flaubert et Maupassant, des textes alors introuvables. Aux côtés de la poésie et du roman, ce genre littéraire est d’ailleurs une des composantes majeures de La Part Commune. Après 2012, Mireille Lacour a aussi imprimé sa marque en créant, sur une idée d’Yves Landrein, la collection La Petite Part qui regroupe « les textes méconnus d’auteurs très connus » avec une charte visuelle plus graphique. La qualité des textes de La Part Commune vient quant à elle d’être à nouveau récompensée avec le Prix du roman 2018 de la ville de Carhaix, attribué au livre de Mérédith Le Dez, Le Cœur mendiant. Et, tandis qu’elle fête ses 20 ans, il ne se passe pas de semaine sans que la maison d’édition ne reçoive de nouveaux manuscrits, lui assurant un bel avenir. Même si son équilibre économique, avec des ventes oscillant entre quelques ou plusieurs centaines d’exemplaires par titre, reste fragile.
http://www.lapartcommune.com

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